Recueil de poèmes en hommage aux deux auteurs
Mort de Ger Luijten, l’œil hollandais du dessin et directeur de la Fondation Custodia(visité il y a quelques années)
Hier, lundi 19 décembre, Ger Luijten, le directeur de la Fondation Custodia à Paris, est décédé d’une rupture d’anévrisme. La semaine dernière, il avait accepté de répondre à nos questions concernant sa passion pour l’art contemporain.
Ancien conservateur des estampes et des dessins au Museum Bojmans Van Beuningen de Rotterdam puis directeur du Cabinet des arts graphiques du Rijksmuseum d’Amsterdam, Ger Luijten était arrivé en 2010 à son poste de directeur de la Fondation Custodia à Paris, prenant la relève de Maria Van Berghe. En 2019, il avait été nommé au conseil d’administration de l’Association Rembrandt aux Pays-Bas. Il est décédé le 19 décembre 2022 à l’âge de 66 ans. Tout le milieu de l’art en France et à l’étranger est en émoi et triste d’apprendre la disparition de cet œil du dessin ancien, moderne et contemporain. « Une triste nouvelle », s’émeut le graveur Erik Desmazières, directeur du musée Marmottan Monet. « Il était si exigeant et gentil », se rappelle Valérie Dupont-Aignan, la directrice de la Maison Caillebotte de Yerres. Tous notent le professionnalisme de Ger Luijten et surtout sa connaissance sans pareille de la scène néerlandaise.
L’incroyable collection de la Fondation Custodia
Au tout début de sa carrière, Ger Luijten voulait être professeur de dessin à Breda. Un de ses professeurs, Henny Engbersen, lui révèle alors l’importance de l’histoire de l’art, de Brunelleschi et Ghiberti à Saul Steinberg et Ralph Steadman, c’est-à-dire de la Renaissance à la création contemporaine. De 1987 à 1990, il est conservateur à Rotterdam, puis prend en main le cabinet des Arts graphiques d’Amsterdam en 2001 dont il renforce les collections.
À Paris, il s’est efforcé de compléter l’incroyable collection de Frits Lugt et sa femme, qui avaient créé la Fondation Custodia en 1947. Dans l’hôtel particulier de Lévis Mirepoix, près de l’Assemblée nationale, se cache l’une des collections d’art graphique les plus importantes du monde. Si les dessins hollandais du XVIIe siècle sont le point fort de l’ensemble, les dessins européens du XIXe sont devenus une de ses forces comme en témoigne l’exposition Léon Bonvin présentée jusqu’au 8 janvier 2023 avec les dessins français du XIXe. Ger Luijten a su restaurer les bâtiments, ouvrir les collections à tous les chercheurs, installer les esquisses de paysage dans l’escalier…
Une politique d’expositions remarquable
Grâce à lui, les plus importantes collections de dessins, privées ou publiques, sont venues à Paris Sa politique d’expositions et de publications a été remarquable. Impossible de les citer toutes mais « De Bosch à Blomaert » permettait en 2014 d’admirer les feuilles du Boijmans de Rotterdam, son ancienne maison, tandis que l’année suivante « Entre Goltzius et Van Gogh » offrait la possibilité de voir les dessins et tableau du marchand-collectionneur Piet de Boer, un contemporain de Lugt.
Puis sont venus les trésors du Städel Museum (2015), de la comtesse de Pourtalès (2016), des Beaux-Arts de Paris (2016), de l’historien de l’art Sieveking (2017) ou du musée Pouchkine (2019). En alternance, il a monté des monographies : C. W. Eckersberg (2016), Georges Michel (2018), Frans Hals (2019) et Willem Bastiaan Tholen (2019) sans oublier nombre de créateurs contemporains comme le Suisse Palézieux ou les Hollandais Arie Schippers, Gèr Boosten, Marian Plug ou Siemen Dijkstra.